Le plan Maladies neurodégénératives 2014-2019

Publié le Mis à jour le 17/09/2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Alors que la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement entrait en vigueur, le Plan pour les maladies neurodégénératives (PMND) 2014-2019 a prolongé les avancées du Plan Alzheimer 2008-2012 tout en élargissant son action. En intégrant désormais la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques, ce programme visait à structurer l'accompagnement face au défi majeur de la dépendance.

Une réponse globale face à la perte d'autonomie 

S'il s'agit de pathologies distinctes générant des handicaps spécifiques, les maladies neurodégénératives confrontent toutes les personnes touchées et leur entourage à une perte d'autonomie progressive. Pour y répondre, le plan s’inscrivait dans une dynamique de progrès en matière de recherche, de soins et d’accompagnement en apportant des réponses concrètes aux besoins des personnes malades et de leurs proches aidants. Il s’articulait autour de trois axes : 

  • améliorer le diagnostic et la prise en charge des malades sur l’ensemble du territoire ;
  • assurer la qualité de vie des malades et de leurs aidants en favorisant l’adaptation de la société aux enjeux des maladies neurodégénératives ;
  • développer et coordonner la recherche.

Ces priorités renforçaient notamment le soutien aux proches aidants, en résonnance avec la reconnaissance du droit au répit portée par la loi du 28 décembre 2015.

L'un des leviers centraux résidait dans le déploiement territorial des structures créées par le précédent Plan Alzheimer. L'objectif était de poursuivre le maillage du territoire par des dispositifs adaptés (accueils de jour, espaces spécialisés en EHPAD) et d'ouvrir les plateformes d'accompagnement et de répit, initialement dédiées à Alzheimer, aux malades de Parkinson et de sclérose en plaques.

Le plan s'attaquait également à la lisibilité de la prise en charge. Grâce à des centres d'expertise régionaux et 96 mesures déclinées localement, les professionnels de santé ont bénéficié d’un appui pour mieux accompagner les parcours de soin des cas complexes.

Le rapport d’évaluation et recommandations 

En décembre 2019, les ministres chargées de la Santé et de la Recherche ont demandé au professeur Alain Grand et au professeur Yves Joanette d’évaluer le plan maladies neurodégénératives (PMND) et de formuler des propositions pour la suite de ce plan. Une série de recommandations émanent de ce travail d’évaluation.

Les principales recommandations

D’un point de vue de sa perspective générale, il est suggéré de reconsidérer le positionnement global du PMND et de son prolongement éventuel dans une perspective de santé fonctionnelle plutôt que dans une perspective de « souffrance neuronale » et de pure prise en charge de maladies. Étant donné la diversité des impacts fonctionnels des maladies neurodégénératives (par exemple déficits sensoriels, troubles de la mobilité, troubles de la cognition et du comportement), la suite du PMND pourrait s’incarner dans un document cadre (un plan/road map) dégageant les grandes problématiques liées aux maladies neurodégénératives. Ces dernières pourront ensuite se décliner en actions à développer, soit à l’intérieur des plans déjà en place ou en cours d’élaboration (par exemple Ma santé 2022, Loi Grand Âge, Autonomie, Programme Agir pour les aidants, etc.), soit dans un programme ad hoc pour les actions plus spécifiques. Dans ce contexte, les troubles cognitifs majeurs --- ou démence --- ont une importance toute particulière du fait du vieillissement de la population. Un arrimage devra ainsi être proposé avec les approches globales du maintien de la santé fonctionnelle au cours du vieillissement portées par l’OMS ainsi qu’avec leur plan pour une Décennie pour le vieillissement en bonne santé.

Dans l’éventualité où ce plan serait poursuivi, et quelle que soit la manière dont il le serait, il conviendra de débattre, avec tous les acteurs impliqués, des avantages et des limites de la philosophie de base qui inspire l’approche en termes de soins et d’accompagnement. Cela devra se faire en référence aux rôles respectifs des structures de première ligne et des services spécialisés. On tiendra compte également de l’importance de conserver dans la communauté proche, au sein du territoire, les structures de soutien et de prise en charge. Enfin le lien avec les autres maladies chroniques, fréquemment présentes chez les individus plus âgés avec démence et/ou défis sensoriels ou de mobilité, devra être intégré.

Quel que soit le modèle retenu, envisager de manière plus opérationnelle la question de la formation des professionnels de la santé au diagnostic précoce (« timely ») et de qualité. Cette formation portera également sur les modalités de prise en charge propres aux maladies neurodégénératives et qui tiennent compte de la nécessité de soutenir également l’ensemble de l’écosystème autour de la personne affectée : les proches aidants et notamment les aidants familiaux. Un volet de formation pour les soignants dans les EHPAD est recommandé car ils sont souvent les plus présents auprès des malades et s’avèrent démunis face à certains troubles comportementaux importants susceptibles de survenir lorsque la personne a perdu la capacité de comprendre leurs gestes professionnels.

Repositionner l’axe II du PMND dans un esprit de santé publique et d’intervention proactive auprès de la société, afin de véritablement permettre aux personnes atteintes de démence et autre MND de poursuivre leur contribution sociale et de diminuer la stigmatisation dont elles risquent d’être l’objet.

Prolonger sur une période d’au moins cinq années le PMND 2014-2019 sous la forme d’un plan/road map portant sur les démences et maladies neurodégénératives. Il aura pour objectif de superviser le déploiement des enjeux et des actions dans le cadre, soit de programmes spécifiques, soit de programmes inscrits dans d’autres plans (notamment le Plan Grand âge, Autonomie). La préparation de ce plan/road map devra se faire par co-construction avec l’ensemble des experts requis mais également des malades et des proches-aidants (le plus souvent représentés par les associations), sous la responsabilité des pouvoirs publics. La gouvernance devra également associer les malades et les proches-aidants ; elle veillera à la bonne exécution des actions, qu’elles soient spécifiques ou non au Plan-Cadre.

S’inspirer du Guide développé par l’OMS, soutenu par la communauté internationale, notamment par la France, afin de fixer non seulement la portée mais également la manière dont le plan/road map sur les démences et maladies neurodégénératives planifiera les orientations, les enjeux ainsi que les mesures à déployer. Le plan/road map sera accompagné d’un Plan d’actions revu annuellement, grâce à la mise en place d’un processus d’évaluation continue. Des volets spécifiques de mise en œuvre permettront d’adapter le déploiement des actions aux différences régionales ou autres (sociales ; culturelles ; etc.). Les mesures d’évaluation du plan/road map devront pouvoir être compatibles avec celles développées sous l’égide de l’Observatoire global sur les démences de l’OMS, dont la création a été appuyée par la France. Les informations nationales transmises par la France à l’Observatoire de l’OMS seront produites grâce à l’évaluation périodique du plan/road map qui inspirera d’éventuels recadrages de son plan d’actions annuel.

Inscrire le volet recherche du plan/road map dans la réflexion internationale sur les démences et maladies neurodégénératives (OMS, World Dementia Council). Concevoir une gouvernance « agile » et performante dans un contexte organisationnel et financier qui s’est considérablement complexifié depuis 20 ans (la loi de programmation de la recherche 2020 saura-t-elle simplifier ce contexte ?).
Définir une stratégie de recherche équilibrée qui arbitre entre les grandes problématiques posées par les maladies neurodégénératives : mécanismes physiopathologiques à l’œuvre, facteurs de risque évitables et contrôlables, facteurs de résilience, recherche clinique et thérapeutique, recherche sur les systèmes de soins, d’aide et de soutien, etc.Bien distinguer le rôle joué par les infrastructures de recherche, productrices de données (cohortes, BNA, bio-banques, Cati…) ainsi que par les réseaux d’animation de la recherche qui doivent être évalués à l’aune de leur performance scientifique (nombre et qualité des projets, production scientifique…) plutôt que de leur structuration et organisation.
Encourager les collaborations internationales par l’inscription des appels à projets dans les cadres européens et internationaux (ex. JPND).
Favoriser une véritable interdisciplinarité avec deux pistes de collaboration essentielles : 

  1. avec les gérosciences pour la recherche sur les mécanismes physiopathologiques, 
  2.  avec les sciences humaines et sociales pour la recherche sur les adaptations sociétales aux problématiques posées par les maladies neurodégénératives ; il conviendra de favoriser les sciences économiques et de gestion dans un objectif d’évaluation de la performance des systèmes de soins, d’aide et de soutien.

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