Huitième vague du baromètre de suivi qualitatif de la pauvreté et de l’exclusion sociale du CNLE

Le désengagement public nourrit la spirale de la précarité qui s’ancre dans la durée, pour des publics toujours plus nombreux

Publié le | Temps de lecture : 6 minutes

Un père tenant sa fille dans ses bras vérifie le chauffage

Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) publie ce jour, la 8 e vague de son baromètre de suivi qualitatif de la pauvreté et de l’exclusion sociale (BaPE). Les réponses portent sur le deuxième semestre de l’année 2025, marquée par la hausse des tensions internationales, par une instabilité politique croissante et les difficultés à construire un budget. Le contexte est aussi marqué par la persistance de niveaux élevés des prix à la consommation, bien que l’inflation continue de décélérer significativement depuis 2023.

Cette nouvelle édition confirme une installation durable des difficultés sociales et une aggravation de certaines situations de précarité. Les difficultés structurelles se révèlent profondément ancrées. Elles touchent des publics de plus en plus larges, y compris des ménages jusque-là relativement protégés. Les acteurs identifient cinq grandes problématiques majeures : les difficultés financières, le logement, l’emploi, l’accès aux droits et la santé. 

Une spirale de précarisation qui s’ancre dans la durée

Le baromètre met en lumière un cercle vicieux associant : difficultés financières → problèmes de logement → dégradation de la santé → éloignement de l’emploi → aggravation de la pauvreté. Cette spirale est amplifiée par la saturation des dispositifs d’aide et d’accompagnement. 

La 8 ème vague du Baromètre souligne :

  • Une aggravation des fragilités économiques : hausse des impayés et du surendettement, arbitrages sur les dépenses essentielles (alimentation, santé), épuisement des solidarités familiales et associatives. Des catégories de plus en plus diverses de la population sont concernées : travailleurs pauvres, familles monoparentales, étudiants, retraités modestes ou jeunes actifs. 

  • Une situation critique sur le logement : loyers élevés, manque de logements sociaux, difficultés croissantes de maintien dans le logement, augmentation des situations de sans-abrisme et saturation de l’hébergement d’urgence. 

Les acteurs signalent notamment les fortes difficultés rencontrées par les familles monoparentales du parc privé confrontées à des loyers trop élevés et l’impact de ces situations sur le secteur de l’hébergement. Ils soulignent les difficultés croissantes d’accès au 115 et le manque de solutions d’accompagnement adaptées pour les personnes concernées.

  • Des tensions accrues sur l’emploi : hausse des licenciements économiques, recul de l’intérim, progression du chômage de longue durée et difficultés persistantes d’insertion pour les jeunes et les seniors. 

    Comme lors des deux vagues précédentes, les conseillers de France Travail sont confrontés à des bénéficiaires du RSA soumis à obligation d’inscription alors même qu’ils ne sont pas en insertion professionnelle (freins périphériques à l’emploi non résolus, femmes au foyer...). 

    Les difficultés d’insertion touchent particulièrement les jeunes et les seniors, dans un contexte où les difficultés sociales (logement, santé, mobilité) freinent l’accès à l’emploi.

  • Un accès aux droits plus complexe : délais de traitement allongés, démarches administratives plus difficiles, obstacles liés à la numérisation, hausse des ruptures de droits et du non-recours.

    Des acteurs soulignent en particulier les difficultés rencontrées par les personnes de nationalité étrangère pour obtenir ou renouveler leur titre de séjour ; les personnes arrivant à la retraite, pour obtenir la liquidation de leurs droits à la retraite et d’une manière plus générale, toute personne ayant nouvellement besoin d’ouvrir des droits. Ils relèvent aussi une hausse des indus et parfois, des accusations de fraudes ou encore des interruptions brutales de droits. Des répondants au baromètre signalent par ailleurs que les décisions des administrations sont parfois incompréhensibles et non motivées.

  • Une dégradation de la santé, notamment mentale : augmentation des troubles psychologiques, détresse des jeunes et renoncement aux soins faute de moyens ou d’accès. 

    Les acteurs qui avaient signalé des difficultés de santé mentale ou physique lors des vagues précédentes sont nombreux à considérer qu’elles se sont aggravées.

  • Une montée des tensions sociales et institutionnelles

    Les acteurs observent une progression de l’anxiété, de la lassitude et du décrochage vis-à-vis des institutions, tandis que les structures d’accompagnement font face à davantage de demandes, avec des moyens jugés toujours insuffisants, et à une perte de sens dans l’exercice de leur profession. La souffrance émotionnelle ressentie est palpable face à l’agressivité de certains usagers ou à la forte détresse d’autres parfois dans des situations extrêmement détériorées.

Concernant les inquiétudes pour le long terme

Les répondants alertent sur :

  • La poursuite de la paupérisation des ménages ;

  • La dégradation de la situation des jeunes ;

  • L’augmentation des ruptures scolaires ;

  • Certains phénomènes préoccupants, comme le recours à la prostitution contre hébergement, services ou affection. 

Signaux émergents à surveiller

Le baromètre souligne plusieurs risques pour l’avenir :

  • Les effets du désengagement public et de la baisse des financements, des organismes publics comme des associations, pouvant favoriser une prise en charge à deux vitesses ;

  • Les interrogations autour de l’usage de l’intelligence artificielle dans le traitement administratif des dossiers ;

  • La saturation de certains accueils de France Services ;

  • Les difficultés croissantes en matière de domiciliation, compromettant l’accès aux droits. 

Les remontées du BaPE corroborent certains constats relayés par les acteurs et institutions, notamment concernant :

  • Les constats sur l’emploi qui stagne, et le chômage qui augmente à nouveau, selon les données de l’Insee et de la Dares.

  • Les difficultés rencontrées par les travailleurs pauvres qui s’intensifient, notamment la précarité alimentaire. Selon un Selon un sondage réalisé par Ipsos bva pour l'Association nationale des épiceries solidaires (Andès) : 54 % des travailleurs pauvres ne mangent pas à leur faim.

  • Le non-recours : Selon des études de la Drees publiées respectivement en Juillet et mai 2026, à la fin 2021, la moitié des foyers éligibles à la prime d’activité ne la perçoivent pas et entre 33 % et 37 % des foyers éligibles au RSA n'y recourent pas.

  • L’accès aux droits : dans l’enquête du Défenseur des droits, qui aborde notamment les entraves dans l’accès aux droits des personnes en situation de précarité.

Le Baromètre du CNLE permet de prendre le pouls de la situation de personnes accompagnées par différentes structures dans les territoires

L’un des enjeux du Baromètre de suivi qualitatif de la pauvreté et de l’exclusion sociale du CNLE est de fournir notamment des signaux précurseurs à partir des remontées de professionnels de terrain, sur la situation de personnes accompagnées par différentes structures. Les chiffres publiés par l’Insee chaque année, avec deux ans de décalage, indiquent qu’en 2024, le taux de pauvreté est resté stable, à 15,4 % de la population, en France métropolitaine, soit le plus haut niveau jamais mesuré, selon l’Insee, qui fait également état d’un accroissement des inégalités. 

Les réponses pour les dernières remontées de la huitième vague du Baromètre du CNLE portent sur le deuxième semestre 2025 et laissent craindre son maintien à un niveau élevé, voire une dégradation de la pauvreté monétaire. Elles avaient permis d'anticiper la hausse de la pauvreté monétaire, notamment en emploi et prédit que ça va continuer.

A propos du baromètre

Le baromètre qualitatif du CNLE est un outil de veille sociale fondé sur les retours d’acteurs de terrain, permettant d’identifier les évolutions des situations de pauvreté et d’exclusion sociale au plus près des réalités vécues.

Contact presse CNLE

Chimène Mandrin
Mèl. : dgcs-com-cnle@social.gouv.fr

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