Harcèlement scolaire et santé mentale des jeunes

Publié le | Temps de lecture : 7 minutes

Crédit : fstop123 / Getty Images

Bien qu’une majorité d’adolescents se perçoivent en bonne santé, selon une étude de Santé publique France, des signaux de souffrance psychique persistent chez les jeunes. Sans en être la seule explication, le harcèlement scolaire est reconnu comme l’un des principaux facteurs susceptibles d’impacter la santé mentale des jeunes. Ses répercussions sur la vie des victimes peuvent être conséquentes, à court et moyen termes. La compréhension de ce phénomène et sa prévention représente donc un véritable enjeu de santé publique. 

Chiffres clés

  • 28 %

    des collégiens et 23 % des lycéens se sont dits victimes de cyberharcèlement.

  • 19 %

    des lycéens ont un risque important de dépression, plus marqué chez les filles.

Sources :  Insee, Économie et société à l'ère du numérique – Édition 2025 ; Santé publique France, Etude Santé mentale des enfants et des adolescents, juin 2026

Le harcèlement en milieu scolaire, un mal insidieux

Le harcèlement se caractérise par des violences répétées – verbales, physiques ou psychologiques - envers un élève par un ou plusieurs autres camarades. Ces comportements portent atteinte à la dignité de l’élève, sa confiance et son estime de lui. Ils créent un climat agressif, intimidant, humiliant et dégradant. 

Le harcèlement se distingue des autres comportements violents par :

  • la notion de pouvoir : rapport de force et de domination ;
  • la fréquence et la régularité des comportements négatifs voir violents ;
  • l’isolement qu’il engendre pour la victime dans l’incapacité de se défendre.

Le harcèlement repose souvent sur le rejet de la différence ou la stigmatisation d’une caractéristique comme l’apparence physique, un handicap, l’identité de genre, des centres d’intérêt différents, etc. 

Cyberharcèlement : de la cour de récréation aux réseaux sociaux, un harcèlement sans répit

Le harcèlement à l’école peut se poursuivre en ligne, hors du cadre scolaire. Ces agressions se transforment en cyberharcèlement et ne laissent que peu de répit aux victimes sollicitées sans arrêt. Ces attaques répétées dans la sphère privée, à toute heure du jour et de la nuit, fragilisent et isolent d’autant plus les personnes concernées.

Cette forme de violence numérique utilise les moyens de communication électroniques pour attaquer, blesser ou agresser verbalement une personne. À l’aide d’un téléphone portable, de tchats, de mails, de messageries instantanées, les personnes malintentionnées ont recours aux intimidations, insultes, moqueries, menaces, rumeurs, usurpations d’identité digitale, publications d’une photo ou d’une vidéo de la victime en mauvaise posture ou encore à l’échange de contenus à caractère sexuel au dépend de la victime.

Les effets du cyberharcèlement sont tout aussi délétères que les comportements harcelants en face à face. Qu’il se produise dans l’établissement ou sur Internet, le harcèlement est reconnu comme un délit par la loi.

Des conséquences potentiellement graves sur la santé mentale des adolescents

Le harcèlement peut avoir de lourdes répercussions chez les victimes. Au-delà de l’isolement et de la baisse potentielle des résultats scolaires, ces agissements peuvent engendrer des conséquences sur la santé mentale des adolescents concernés : troubles anxieux, troubles du comportement alimentaire, dépression ou encore conduites suicidaires.

Sur le long terme, le harcèlement subi pendant l’enfance ou l’adolescence peut causer des difficultés relationnelles à l’âge adulte, un sentiment d’insécurité et une anxiété persistante.

Découvrez le témoignage d’Emmanuelle Piquet, thérapeute française, spécialisée sur la thématique du harcèlement en milieu scolaire.

Santé mentale des jeunes et harcèlement scolaire

Emmanuelle Piquet, thérapeute spécialisée dans le harcèlement scolaire e maître de conférence à l'université de Liège : « D'après la dernière enquête publiée par Santé publique France, ils sont quand même 80 % des collégiens et lycéens confondus à considérer qu'ils ont une vie tout à fait satisfaisante. Cela ne doit pas cacher le fait qu'en effet il y a plutôt une dégradation de leur santé mentale entre guillemets. Il y a plus de souffrance qu'auparavant on va dire. Ils sont à peu près 15 % à être à risque au niveau dépressif. Il y a un chiffre tout à fait éloquent de ce point de vue-là, c'est l'augmentation très forte des hospitalisations pour gestes auto-infligés en pédopsychiatrie : donc les scarifications, les tentatives de suicide, les formes de dépression très fortes. »

Harcèlement et réseaux sociaux

Emmanuelle Piquet : « On a une petite musique qui nous explique qu'en effet le harcèlement est largement aggravé par le fait qu'il y ait les réseaux sociaux. Nous en tout cas, nous n'avons jamais reçu d'enfants qui ne soient que harcelés en ligne. Ils sont harcelés dans la vraie vie et il y a une caisse de résonance avec les réseaux. Dans la majorité des cas, ils sont harcelés sur le groupe WhatsApp de la classe. Or, le groupe WhatsApp de la classe, c'est la classe en réalité. C'est juste le média qui change.
Mais le fait d'être harcelé ou cyberharcelé à moyen long terme, il y a des enfants qui s'en sortent très bien. Ça peut avoir des impacts, en revanche tout à fait considérables s'il y a eu à la fois fréquence et surtout durée. »

Que faire face au harcèlement ?

Emmanuelle Piquet : « Les études documentent que dans les établissements où il y a des politiques de prévention, il y a une baisse de 20 % des faits de harcèlement. C'est vraiment important que nous, communautés adultes, nous soyons près de ses enfants, de ses adolescents, pour les aider au fond à faire cesser cette espèce de cercle vicieux entre un enfant de plus en plus en position haute, en position d'emprise, et de l'autre côté de cette relation un enfant qui est souvent de plus en plus en position basse, en position recroquevillée. Soit on se dit : il va falloir qu'on fasse redescendre cet individu-là pour que au fond ça se rétablisse. C'est ce que fait beaucoup l'institution pour l'instant. Elle travaille beaucoup avec la communauté des harceleurs. Nous, notre proposition, c'est plutôt de nous asseoir à côté de cet enfant-là pour l'aider à reprendre au fond une partie du contrôle de cette relation. Les parents, leur position, je trouve, c'est vraiment d'être en effet à l'écoute des signaux faibles qui sont donc : un adolescent très pacifique, très positif, très câlin et qui tout à coup, et c'est l'écart qui compte, qui tout à coup devient beaucoup plus agressif. Si c'est couplé avec des symptômes physiologiques notamment le dimanche soir. Ça c'est un signe qui, acollé au premier, doit nous interroger. La chute de note brutale. Alors pas passer de 17 à 15, mais ça doit aussi interroger. »

Un message ?

Emmanuelle Piquet : « C'est extrêmement important de vraiment s'adresser à l'enfant dont on imagine qu'il est en souffrance de façon extrêmement discrète. Et là, ce que j'invite les parents à dire, c'est : "Je comprends que tu n'es pas forcément envie de m'en parler. Sache que si tu m'en parles, je ne ferai rien avec lequel tu ne seras pas strictement d'accord." Et donc les écouter à mon avis me semble être déjà une chose extrêmement importante et salutaire.

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Mon enfant est harcelé à l’école, comment agir ?

La libération de la parole, l’écoute bienveillante et l’accompagnement de la victime sont essentiels pour surmonter cette épreuve. Après avoir recueilli la parole de votre enfant, vous pouvez trouver des solutions et du soutien auprès de la direction de l’établissement mais aussi auprès des psychologues ou infirmiers scolaires ou d’un personnel de la vie scolaire. Si la situation de harcèlement est avérée, l’établissement proposera des solutions adaptées pour mettre fin à ces agissements.

Vous pouvez également contacter :

Votre enfant peut avoir des réticences à parler des violences subies. Il a besoin d’être rassuré. Les adultes sont présents à ses côtés pour l’écouter, l’aider et mettre un terme à ces agissements.

Pour plus d’information : mon enfant est victime de harcèlement | education.gouv.fr

Victime ou témoin de cyberharcèlement, contactez le 3018.

Vous êtes victime ou témoin d’une violence numérique sur internet ou de cyberharcèlement, le 3018 est un numéro d’écoute gratuit, anonyme et confidentiel. Il est accessible 7j/7, de 9h00 et 23h00, par téléphone, par tchat, via Messenger et WhatsApp et sur 3018.fr.

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