Discours de Stéphanie Rist | Ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées

Mardi 31 mars 2026

Publié le | Temps de lecture : 5 minutes

Congrès de l’UNIOPSS - Cité des sciences

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le président, Cher Daniel Goldberg,
Mesdames et messieurs,
Chers professionnels,
Chers bénévoles

Je vous remercie de m’avoir invitée à intervenir auprès de vous aujourd’hui.

Depuis des décennies, vous portez la voix des hommes, des femmes qui accompagnent, qui prennent en charge et des lieux où les trajectoires de vie se transforment, du berceau au grand âge.

Vos 25 000 structures portent chaque jour l’accompagnement : accueillir un enfant confié, soutenir une famille, accompagner le vieillissement, permettre à chacun de trouver sa place malgré les obstacles.

Parce que vous êtes sur tout le territoire, dans toutes les réalités du terrain, vous percevez très vite ce qui évolue, ce qui bloque, ce qui inquiète et ce qui fonctionne.

C’est cette capacité à relier l’expérience du terrain à une vision d’ensemble qui fonde, depuis longtemps, la qualité du dialogue que vous entretenez avec les pouvoirs publics.
Un dialogue exigeant, constructif et indispensable pour que l’action prenne sens et ne perde jamais de vue celles et ceux qu’elle concerne.

  • Ce dialogue a d’autant plus de valeur que j’ai l’humilité de me présenter devant vous en étant la 8e ministre en 2 ans.
  • Et il a d’autant plus de valeur que nous traversons une période où notre modèle social, pourtant fondateur, ne peut plus être considéré comme une évidence. Il reste une force et une avant-garde. Mais elles doivent être entretenues.

Dans ce contexte, nous devons redoubler d’attention pour veiller à la protection des plus vulnérables, de leurs droits, de leur dignité.
C’est avec cette boussole que j’aborde cette dernière année de quinquennat, je dis chaque jour à mon équipe, « faisons tout notre possible pour que chaque jour soit utile ».

Utile, nous devons tout faire pour que cette année le soit, pour un premier chantier, celui de la protection de l’enfance.

Chacun a la lucidité ici de savoir que le système est sous tension.
Mais cette lucidité ne peut pas être un aveu d’impuissance : elle est pour moi un moteur de l’action.

Malgré les investissements importants consentis ces dernières années – à hauteur de 12 milliards d’euros en 2024 – la qualité de prise en charge et le niveau de protection ne progressent pas au même rythme.

Sous l’impulsion de ma prédécesseure, Catherine Vautrin, nous avons défini une stratégie claire, autour de 4 priorités :

  • un, réaffirmer le rôle stratégie de l’Etat ;
  • deux, garantir, partout la sécurité des enfants ;
  • trois, agir plus tôt en misant sur la prévention ;
  • quatre, lutter contre toutes les formes de violences.

Nous allons déployer le parcours coordonné renforcé de soins dédié aux enfants protégés, c’est une première marche importante.
Et d’ici à la mi-mai, je présenterai, avec le garde des sceaux, un projet de loi, concret, qui viendra traduire nos ambitions.
L’enjeu sera de construire un modèle plus stable et plus sûr pour les enfants, et en renforçant l’action partenariale entre Etat, départements, professionnels, associations et établissements.

Utile, cette année doit aussi l’être pour la petite enfance.

Vous le savez, ce secteur traverse lui aussi une mutation profonde.

  • Du côté des familles, les besoins évoluent, à l’aune de la baisse de la natalité et de l’évolution des modes de vie.
  • Et du côté de l’offre, les tensions s’accumulent : avec une baisse des créations de place, une activité en recul et une pénurie des professionnels.

Nous avons déjà commencé à agir, avec des revalorisations salariales, des financements renforces et des investissements.

Mais il nous faut aller plus loin :

  • A court terme, il nous faut sécuriser les structures. C’est le sens de la prolongation du dispositif dérogatoire pour les micro-crèches que j’ai décidé jusqu’en 2027.
  • A moyen-terme, il nous faut répondre à la crise de l’accueil individuel et des vocations. J’ai demandé au Comité de filière petite enfance d’être mobilisé pour formuler des propositions et fonder un plan ambitieux.
  • Mais, à plus long terme, il nous faudra refonder notre modèle de financement : pour le rendre plus lisible, plus équitable et plus adapté aux réalités des territoires.

D’un bout à l’autre de l’accompagnement, un troisième chantier majeur est celui du Grand âge face au mur démographique.

Avec Camille Galliard-Minier, nous aurons l’occasion d’y revenir en détail d’ici cet été.
Mais je veux esquisser une méthode et trois grands axes qui m’apparaissent fondamentaux.

La méthode, elle doit être celle de la connaissance des besoins, territoire par territoire, pour aboutir à des mesures concertées.

Les trois grands axes, ils sont simples :

  • Premièrement, développer et transformer l’offre, en accélérant les solutions d’hébergement plus adaptées à la demande et aux besoins ou en développant des parcours qui permettent de prévenir des hospitalisations évitables.
  • Deuxièmement, renforcer la prévention. Vous le savez en tant que membre de la Conférence nationale de l’Autonomie, c’est une condition de tout le reste de notre action.
  • Troisième axe : renforcer l’attractivité des métiers.

Et l’attractivité des métiers est un chantier qui concerne l’ensemble des champs du social et du médico-social.

C’est un chantier décisif.

Votre enquête le démontre de manière éclairante :

  • 97 % des professionnels sont fiers de leur métier ;
  • la plupart s’y projettent pour les années à venir ;
  • mais 79 % estiment qu’il est insuffisamment reconnu.

Ces métiers – vos métiers – sont au coeur de notre modèle social.
Mais, on le sait, ils souffrent de tensions majeures, avec des problèmes de pénuries de professionnels, de conditions de travail dégradées ou de manque de reconnaissance.

Là-aussi, j’aurai l’occasion, dans les prochaines semaines, de réaliser des annonces concrètes avec Jean-Pierre Farandou et Camille Galliard-Minier.

Mais je souhaite d’ores et déjà vous dire qu’il m’apparaît indispensable de bâtir une véritable stratégie nationale en matière de ressources humaines, pilotée et structurée.
Celle-ci devra s’appuyer sur plusieurs axes, et notamment :

  • l’information, l’orientation et la valorisation des métiers auprès des jeunes ;
  • l’outillage des employeurs ;
  • et la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés.

Mesdames et messieurs,

Notre modèle social, dont j’évoquais la fragilité, tient d’abord par des actes : par les choix politiques que nous faisons, et par la solidarité qui, chaque jour, se traduit dans vos établissements.

Je ne veux donc pas assombrir le tableau, mais rappeler une évidence que j’ai déjà esquissée : tout cela n’existe que si nous veillons à préserver ce modèle durablement, ainsi que son financement.
C’est l’un des défis majeurs des années qui viennent. Et j’aurai l’occasion d’y revenir dans les tous prochains mois.

Je souhaite que l’année qui est devant nous soit une année de mobilisation, afin d’ avancer concrètement, ensemble, 
de soutenir celles et ceux qui portent la responsabilité au quotidien sur nos territoires, au plus près de l’expression des besoins ;
et pour consolider ce qui a été difficilement atteint ces derniers mois.

Car en renforçant mutuellement notre action, c’est pour l’ensemble de notre modèle social que nous agissons afin de le rendre plus solide.

Je vous remercie.

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