Septième vague du baromètre de suivi qualitatif de la pauvreté et de l’exclusion sociale du CNLE

Des tensions budgétaires à un risque de basculement dans une précarité durable

Publié le | Temps de lecture : 5 minutes

Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) publie ce jour, la 7e vague de son baromètre de suivi qualitatif de la pauvreté et de l’exclusion sociale (BaPE).  

Ce baromètre recueille les observations d’acteurs de terrain (associations, services sociaux, institutions…) sur les difficultés rencontrées par les publics accueillis. 

Sa 7e vague s’inscrit dans un contexte d’incertitudes économiques, internationales, de tensions sur l’emploi et de crise budgétaire. Les acteurs, interrogés entre juin 2025 et septembre 2025, décrivent les effets cumulatifs et multidimensionnels de la précarité. Ceux-ci se caractérisent par une complexification des situations, une saturation des dispositifs sociaux et un décalage croissant entre besoins et moyens. La perte de pouvoir d’achat des ménages, leur endettement croissant, leurs difficultés liées aux besoins d’aide, à l’accès aux droits en général, et au droit à la santé en particulier, ainsi que le manque de prise en charge restent très présents dans les réponses des acteurs. Ces derniers alertent principalement sur l’aggravation des difficultés déjà repérées les années précédentes.

Ci-après, un point sur certains faits saillants des remontées du baromètre.

Des fragilités insuffisamment traitées qui exposent à des vies précaires

Les allocations et aides n’ayant pas été revalorisées à hauteur de l’inflation, voire ayant diminuées pour certains ménages, les tensions sur le budget se sont accrues pour les ménages pauvres ainsi que pour les foyers modestes dont l’apparition dans les structures d’aide avait déjà été signalée lors des vagues précédentes.

Dans un contexte où le niveau des prix reste très élevé, les conséquences de la persistance des difficultés financières sont multiples : hausse des impayés de loyers, notamment parmi les retraités modestes ; développement du surendettement, avec davantage d’inscriptions au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP) ; fragilité accrue face aux imprévus (réparations, frais d’obsèques, charges) ; restrictions croissantes sur la santé, l’alimentation et les assurances ; interruption pour certains étudiants de leurs études, faute de moyens suffisants.

Un élargissement des publics basculant dans la précarité 

Certains acteurs continuent à voir le nombre de leurs bénéficiaires augmenter et constatent l’arrivée de ménages jusqu’alors autonomes, fragilisés par la dégradation continue de leur reste à vivre au cours des dernières années. Les publics les plus concernés sont en partie ceux déjà signalés lors des vagues précédentes : des ménages biactifs fragilisés, des salariés rémunérés au SMIC ou un peu au-dessus, les travailleurs pauvres, les autoentrepreneurs et agriculteurs, les familles monoparentales, les bénéficiaires de minima sociaux, les étudiants, les personnes sans emploi et notamment les jeunes en insertion professionnelle ou étudiants, et les retraités modestes, non-propriétaires de leur logement.

Accès aux droits : éloignement inquiétant entre institutions et usagers 

Dans ce domaine, les acteurs soulignent : des retards administratifs très importants (notamment quant aux titres de séjour) ; une dématérialisation accrue, avec pour conséquence une exclusion des publics non-numériques ; une incompréhension des critères d’octroi des aides, opacité des dispositifs sociaux ; des situations d’errance administrative, ruptures de droits et abandons de démarches. 

Face aux difficultés d’accès à l’aide et aux services, certains usagers développent des stratégies alternatives ; d’autres, découragés, renoncent aux démarches.

À noter que des acteurs relèvent des situations complexes ne concernant pas uniquement les personnes en situation de précarité. Elles touchent aussi des personnes jusque-là bien insérées, confrontées à un accident de la vie, méconnaissant les prestations auxquelles elles pourraient prétendre ou qui se situent hors des critères d’éligibilité malgré des besoins réels.

Signaux faibles identifiés : les tendances émergentes à surveiller

Plusieurs phénomènes peu cités mais significatifs émergent :

  • explosion des services privés d’aide aux démarches numériques, profitant du retrait des administrations ;
  • effets du changement climatique (hausse des assurances, vulnérabilité des métiers agricoles, exposition extrême des mal-logés aux chaleurs, arrivée de « réfugiés climatiques », de Mayotte vers la métropole.

Les acteurs s’inquiètent également de la montée des violences intrafamiliales, de la banalisation de la prostitution et des difficultés cumulées des jeunes, notamment en termes de santé mentale et d’insertion professionnelle.

Concernant les inquiétudes pour le long terme 

Les acteurs s’alarment à la fois d’une hausse du nombre de ménages soumis à de fortes tensions budgétaires, et du risque accru que les conséquences de ces tensions se transforment en une précarité durable, du fait du déficit de réponses et de possibilités d’accompagnement dans tous les secteurs (logement, insertion professionnelle, santé).

Parmi les mécanismes de précarisation à l’œuvre, certains acteurs s’inquiètent plus spécifiquement : 

  • d’un manque toujours plus important de logements accessibles pour les personnes qu’ils accompagnent ;
  • des transformations du marché de l’emploi vers toujours plus d’emplois précaires (autoentrepreneurs, intérimaires …) ;
  • des conséquences de la précarité, qui peuvent s’accompagner d’une hausse des violences intrafamiliales et de leurs impacts, notamment psychiques, sur les enfants ;
  • des difficultés croissantes et cumulatives que rencontrent les jeunes populations : difficultés de santé mentale, craintes pour l’avenir, ruptures scolaires et familiales, difficultés d’insertion professionnelle, augmentation du nombre de mineurs dans des structures d’hébergement pour adultes, etc.

Les tensions décrites par les acteurs sont aussi celles qu’eux-mêmes ou leurs structures rencontrent pour répondre aux besoins des publics. Ainsi, à l’été 2025, les participants au baromètre sont nombreux à dénoncer l’instabilité des politiques sociales, avec des mesures ou crédits qui ne sont pas reconduits et un manque de visibilité sur les financements à venir, dans un contexte où les demandes sont plus nombreuses, plus complexes, et les possibilités d’orientation rares.
Certains signalent une agressivité croissante, tant entre usagers qu’envers les salariés des structures, et demandent à la fois plus de stabilité et de visibilité, mais aussi plus de souplesse pour permettre l’innovation sociale.

Les remontées du BaPE corroborent certains constats relayés par les acteurs et institutions, notamment concernant :

  • les difficultés d’accès au logement, les problématiques d’expulsion et de mal logement, ainsi que la saturation de structures d’hébergement, abordés notamment par la Fondation pour le logement dans son dernier rapport sur le mal logement ;
  • le taux de non-recours élevé à certaines prestations / aides, telles que le RSA ou la Complémentaire santé solidaire (C2S) ;
  • l’augmentation des dossiers de surendettement, confirmée par la Banque de France le 18 février 2026, indiquant que toutes tranches d'âge confondues, le surendettement a grimpé à près de 10 % en 2025, les dossiers déposés par les moins de 30 ans ayant bondi de 36 % l'an dernier. 

Le CNLE est prévu par la loi n° 88-1088 du 1er décembre 1988 relative au revenu minimum d’insertion, et mise en œuvre avec le décret n° 93-650 du 26 mars 1993 qui définit la composition du CNLE (qui comptait 24 membres), ses missions, son fonctionnement et ses moyens. Aujourd’hui, la moitié des membres du Conseil du CNLE sont des personnes concernées par la pauvreté et l’exclusion sociale.


Contact CNLE

Chimène Mandrin
Mèl. : dgcs-com-cnle@social.gouv.fr

Autres synthèses du baromètre

Paramètres d'affichage

Choisissez un thème pour personnaliser l'apparence du site.